Obésité et Déficience Intellectuelle

Épidémiologie 

Les personnes avec une déficience intellectuelle ont un risque d’obésité supérieur à celui de la population générale. La prévalence est doublée (environ 30% de la population enfants avec une déficience intellectuelle) et les chiffres sont encore plus hauts lorsqu’il existe des signes du spectre autistique (50% de la population) 1, 2. L’obésité représente un double handicap pour ces personnes déjà fragilisées et peut être un facteur d’exclusion.  Les déterminants sont multiples avec une forte intrication entre eux et l’environnement joue un rôle majeur. Les médicaments psychotropes souvent utilisés sont un des facteurs déterminants mais nettement inférieur à celui de l’environnement.

Syndromes avec déficience intellectuelle et obésité 

Il est important d’identifier les syndromes avec déficience intellectuelle et obésité dont le chef de file est le syndrome de Prader-Willi et l’obésité d’origine environnementale chez une personne avec une déficience intellectuelle qui vient compliquer la prise en charge de la maladie initiale 3, 4. Les deux causes peuvent être associées. Dans tous les cas les grands axes de prévention et de prise en charge de l’obésité restent identiques.
tableau obesite v

Facteurs déterminants de l’obésité 

-Les circuits neuronaux impliqués dans la régulation de l’appétit sont également impliqués dans la déficience intellectuelle et les mécanismes d’apprentissages cognitifs et sociaux. En effet l’hypothalamus connu depuis de nombreuses années pour son rôle dans la régulation de l’appétit est central par sa localisation et les projections neuronales afférentes et efférentes et est en lien avec les réseaux neuronaux impliquant le cervelet et le cortex préfrontal et les circuits de la récompense en particulier.

-Le système nerveux autonome et les hormones jouent un rôle important dans ce système et ont soit un effet orexigénique (la ghreline sécrétée par l’estomac est la seule hormone à avoir cette effet de stimulation de l’appétit et de la prise alimentaire) ou plutôt anorexigènique (la leptine sécrétée par le tissu adipeux et agissant par la voie des mélanocortines sur la diminution de l’appétit et l’ocytocine sécrétée par l’hypothalamus et agissant en post natal comme modulateur cérébral et neurotransmetteur).

L’environnement joue un rôle clé soit favorisant et/ou aggravant l’obésité soit protecteur essentiellement via les comportements et les habitudes de vie. On retrouve chez les personnes qui ont une déficience intellectuelle les mêmes déterminants que chez les personnes typiques c’est-à-dire une alimentation inadaptée aux besoins souvent riche en aliments denses en calories et pauvre en fibres (fruits et légumes), absence fréquente de petit déjeuner avec grignotages et une sédentarité trop importante sans activité physique.

Dans un certain nombre de situations les enfants sont plutôt menus et avec un appétit très faible à la naissance et dans les 2 premières années de vie avant que l’obésité ne s’installe comme c’est le cas de manière chez les enfants qui ont un syndrome de Prader-Willi. Il y a une difficulté certaine à ce changement de posture qui nécessite de contrôler l’appétit d’un enfant qui grossit trop alors que l’on devait le stimuler pour qu’il mange et prenne du poids il y a quelques mois. Cela est à discuter avec les familles et à prévenir lorsque l’on connait la maladie et son évolution.

Prévention et prise en charge 

L’obésité n’est pas une fatalité chez les personnes qui ont une déficience intellectuelle.  Il y a un enjeu éthique 5 à mettre en place un projet avec les familles et au sein des établissements médico-sociaux pour lutter contre l’obésité qui représente un handicap supplémentaire. Les fausses idées telles que « c’est le seul plaisir pour ces enfants », en parlant de l’alimentation doivent être combattues et remplacées par un engagement de bientraitance pour mettre en place un accompagnement favorisant une alimentation adaptéeet la pratique d’une activité physique elle aussi source de plaisir avec un contrôle du temps passé sur les écrans (facteur important de sédentarité aujourd’hui) qui intéressent beaucoup les enfants avec une déficience intellectuelle. Ainsi il est nécessaire d’inscrire cela dans le projet de vie de l’enfant et donc dans les projets d’établissement  qui accueillent ces enfants en y associant de manière active les personnes et leurs familles. Des consignes plus précises peuvent être nécessaires lorsqu’on connait la maladie et les particularités en terme de comportement alimentaire ou pour adapter le choix du sport. Dans tous les cas le choix de la personne est essentiel à tout âge 6. L’adolescence est une phase qui peut faire tout basculer et en particulier qui pet rendre complexe le contrôle alimentaire. En aucun cas l’alimentation ou l’activité physique ne doivent faire l’objet de punition ou de marchandage. Le cadre est ici encore plus déterminant.

Le syndrome de Prader-Willi représente un modèle d’hyperphagie et de déficit de satiété pouvant mener en l’absence de soins adaptés à une obésité précoce et extrêmement sévère. Cependant aujourd’hui ces enfants ne sont plus obèses lorsque l’environnement organisé par les parents et les soignants de manière concertée et cohérente est favorable. Cela a été possible grâce à une connaissance et une prise de conscience partagées. Si de tels résultats ont été obtenus dans cette maladie caricaturale de ce point de vue, ils peuvent l’être aussi pour toutes les personnes qui ont une déficience intellectuelle 7.

En savoir plus

BIBLIOGRAPHIE

  1. Begarie J, Maiano C, Leconte P, Ninot G. The prevalence and determinants of overweight and obesity among French youths and adults with intellectual disabilities attending special education schools. Research in developmental disabilities 2013; 34(5): 1417-25.
  2. Reinehr T, Dobe M, Winkel K, Schaefer A, Hoffmann D. Obesity in disabled children and adolescents: an overlooked group of patients. Deutsches Arzteblatt international 2010; 107(15): 268-75.
  3. Tauber M, Lacombe D. Syndromes génétiques avec obésité. In: Flammarion MS, ed. Médecine de l’obésité; 2009: 313-7.
  4. Tauber M, Diene G, Mimoun E, et al. Prader-Willi syndrome as a model of human hyperphagia. Frontiers of hormone research 2014; 42: 93-106.
  5. Ricour C. Obésité et handicap mental chez l’enfant : un enjeu éthique. Ethics, Medicine and Public Health 2015; 1: 203-511.
  6. Recommandations Handicap. Obésité 2013: 196-200.

OUTILS

Guide de pratiques partagées pour l’accompagnement au quotidien des personnes avec le syndrome de Prader-Willi (SPW).

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