21 décembre 2016

Déficience Intellectuelle et Vie Affective et Sexuelle

Le jour où nous sommes nés, nous avons été confrontés brutalement à l’étrangeté de l’inconnu et dans le même instant nous avons été apaisés par le contact des mains qui nous ont accueillis, de la peau sur laquelle nous avons été posés. Enfin, nous avons été rassurés par la tiédeur du lait qui nous a nourris, éprouvant, , les premiers émois d’avoir été comblés…Ce moment-là fonde notre naissance et initie cette quête de l’autre que nous ne cesserons plus de poursuivre. Cette surprenante expérience sensorielle pose les bases de notre vie affective et nous tenterons indéfiniment de combler ce vide  qu’a laissé en nous cette première séparation. Ainsi nous chercherons sans cesse à retrouver la puissance de ce langage du corps et à le partager avec un autre.. Pour tisser ces nouveaux liens, nous imiterons ceux qui nous entourent puis nous inventerons toutes sortes de moyens pour créer une relation, celle qui dépendra de ce que nous sommes et de ce qu’est l’autre. C’est la grande aventure de la sexualité, celle qui nous sollicite tout entier, corps et esprit, et dont la diversité, l’originalité, la singularité est difficile à cerner.

Voici une proposition  d’approche car il est bien difficile de contraindre par les mots, l’immensité de cette réalité.

Faut-il définir autrement la vie affective des personnes différentes … ou plutôt celles dont nous caractérisons la différence par la déficience intellectuelle ?

Quel est l’impact de la déficience sur la sexualité ? Quelle en est la conséquence sur l’expression des sentiments, des désirs? Y’aurait-il ainsi une déficience affective ?
Quelle est la place de notre raison, de notre intelligence au cœur des instabilités émotionnelles?
Nous devinons les réponses mais aucune affirmation ne peut traduire la diversité de la réalité. Ainsi, il nous faut continuellement chercher ce qui nous échappe et tenter de  comprendre sous quelles formes singulières se cache l’expression de la sexualité.
Quelle que soit la façon dont notre cerveau s’est développé, la sexualité se construit à partir de cette nécessité de chercher en l’autre ce qui nous manque; cette dimension nous rassemble en une commune humanité.

Finalement, en quoi sommes-nous concernés par la vie affective des autres?

Chacun est amené à créer les moyens de mener sa quête, au sein d’un collectif et d’une culture donnée.
Mener sa quête, c’est vivre l’aventure de la relation; encore faut-il savoir si nous pouvons utiliser ce mot pour définir ce que chacun vit. Comment définir ce qui se tisse entre des personnes qui n’ont pas les mêmes façons de comprendre le monde, de le percevoir, de le décrire ? Peut-être faudrait-il inventer des mots pour combler les espaces de sens laissés entre ceux que nous utilisons. Les « prêts à parler » masquent ce que nous appréhendons si mal et les mots amis, amoureux, amants, séduction, préférence, affection  pourraient s’effacer derrière d’autres mots qui représenteraient mieux les éprouvés de ceux dont la différence invente une autre réalité. Ainsi, pour appréhender la sexualité d’un autre, il faudrait s’attacher à questionner nos représentations, nos modèles et même notre façon d’en parler…
Des jeunes ayant une déficience ont eu ces mots pour décrire ce qu’ils comprenaient de la vie amoureuse : « Ils sont deux tout seul », « Elle, c’est mon autre »…une forme de poésie comme unique recours pour se faire comprendre
Ainsi, chacun tisse son mode relationnel en fonction des limites imposées par le collectif.
La sexualité est conditionnée par notre culture, dans sa façon de la vivre, dans ses modes d’expression, dans les choix qu’elle nous invite à faire.  Les personnes ayant un handicap et partageant cette même culture expriment leur sexualité d’une manière singulière, comme chacun d’entre nous. Leur différence, que l’on ne peut réduire à leur handicap, les conduit à inventer une autre façon d’engager leur corps, de vivre leurs émotions, leurs désirs, d’accueillir ou de refuser ce qui vient à eux ou leur échappe. Cette expression témoigne aussi des contraintes particulières qui leur sont imposées et dont il est difficile de connaitre l’impact réel. Comment accueillir cette singularité comme étant l’expression de leur sexualité en tant que telle ? Comment partager des codes communs sans écraser l’originalité de leur parcours ? Quels compromis faut-il faire pour partager l’espace commun ?

Reste à savoir dans quel but nous nous intéressons à la sexualité des autres.

Que savons-nous des émotions, des élans des désirs, des attentes d’un autre ? Que savons-nous de ce que vit l’autre ? Comment l’appréhender ? Comment se le représenter ?
Nous tentons de comprendre en faisant appel à nos références, nos expériences, nos interprétations, mais l’autre est un mystère, quelles que soient les différences que nous percevons.

Il nous faut être attentif au fait que chacun puisse mener sa quête, vivre cette aventure de la relation (avec les limites sémantiques décrites plus haut), saisir les limites imposées par la vie en collectivité et tenter de mesurer les conséquences de chacun de ses actes. Ceci est vrai pour tous.

Nous n’avons pas les mêmes aptitudes pour vivre cela mais l’éducation peut participer à les développer.
Tout au long de notre parcours, nous apprenons, ce qui est possible ou pas, ce qui est heureux ou douloureux … Nous avons commencé par imiter ce que montraient les aînés, puis nous choisissons des modèles ou certains modèles nous choisissent ! D’ailleurs, y’a-t-il une façon de vivre la sexualité qui puisse être un modèle pour tous ? Puis, nous nous sommes libérés des modèles pour inventer, tentant vainement d’échapper aux limites imposées. Ce conditionnement mérite d’être reconnu et interroger sans cesse : au nom de qui, de quoi sont posées ces limites, depuis quand ? Ceci est vrai pour tous.

Ainsi en tant que professionnels du soin et de l’accompagnement aborder la question de la sexualité nécessite d’en soutenir  la complexité 

Docteur Carole Durand

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